Johann parle seul face caméra et remonte à 2009. Il lisait alors beaucoup de presse alternative et raconte y avoir trouvé le meilleur comme le pire, entre la terre plate et des méthodes de santé qui ne tenaient pas debout. Il crée une page Facebook, « On sait ce qu'on veut qu'on sache », pour partager une revue de presse déjà triée. Elle atteint 12 000 abonnés en trois semaines. Son profil personnel est ensuite bloqué au motif qu'il utiliserait un pseudonyme, et le formulaire censé lui permettre d'envoyer sa pièce d'identité ne fonctionne pas. Il recrée profil et page plusieurs fois. La deuxième version monte à environ 75 000 abonnés avant d'être dépubliée sans explication. Fin 2015, il ouvre un blog pour centraliser les articles qu'il relaie et en vit grâce à la publicité, au point de quitter son emploi. Ses publications cessent d'être visibles sur Facebook, un changement de nom de domaine relance le trafic quelques mois, puis tout retombe du jour au lendemain. Ses revenus disparaissent.
Pour remonter la pente, Johann noue des partenariats avec d'autres pages qui republient ses articles et leur reverse environ 70 % des recettes publicitaires. Ce partage lui donne l'idée d'une plateforme : des auteurs y créent des blogs, des administrateurs de pages viennent piocher les contenus qui leur plaisent, et les revenus se partagent. Il investit l'argent d'une revente de parts dans une version bêta, qui héberge une quinzaine de blogs relayés par des pages totalisant plusieurs millions d'abonnés. Quand les noms de domaine sont censurés les uns après les autres, il écrit un script qui duplique les blogs et répartit le trafic sur une dizaine d'adresses, pour que chaque copie attire moins l'attention. Le système tient près d'un an. Il précise qu'il était hébergeur et non éditeur, mais que la régie publicitaire et le compte de statistiques étaient centralisés à son nom.
Un journaliste des Décodeurs du Monde le contacte, il refuse de répondre. Le 9 novembre 2018, il publie un article présentant le projet qu'il s'apprête à financer par un crowdfunding, après des demandes de subventions restées sans suite. Le 13 novembre, Le Monde le désigne comme l'homme à la tête du plus gros réseau de sites complotistes en France. Johann conteste point par point et explique que le journaliste avait remonté sa trace via l'historique des changements de nom d'une de ses pages. Il raconte que son adresse personnelle a été publiée, qu'il a reçu des appels anonymes et des menaces, que TF1 et M6 ont repris le sujet et que ses régies publicitaires ont fermé ses comptes dans la foulée. Le projet s'arrête. Son droit de réponse, publié de façon partielle selon lui, lui coûte environ 1 300 euros, et son avocat le dissuade d'attaquer en évoquant 30 000 euros de frais et 90 % de chances de perdre. Il part ensuite plusieurs mois en Inde.
La fin de la vidéo porte sur le projet lui-même, que Johann appelle le média social 3.0. Il défend une interface d'édition assez simple pour que n'importe qui publie, y compris des personnes âgées peu à l'aise avec un ordinateur, et un accès à l'audience des pages inscrites sur la plateforme. Les lecteurs notent les contenus, ces notes forment un indice de confiance qu'il présente comme un Décodex démocratique, et un fil personnalisé rassemble sur un même sujet des points de vue venus de sources différentes. Johann estime que c'est ce projet, bien plus que ses blogs, qui a motivé l'attaque, au vu du calendrier. Il annonce le reprendre et lancer sa campagne de financement participatif.