Johann reçoit Jean-Jacques Crèvecoeur dix jours après le lancement de Solidarita, mise en ligne le 8 février. Jean-Jacques Crèvecoeur décrit la plateforme comme un croisement entre un réseau social et un site de rencontre, mais une rencontre géographique : savoir qui, dans sa ville ou son département, partage les mêmes positions, pour se voir ensuite physiquement. Il annonce plus de dix-sept mille inscrits. Il raconte y avoir pensé dès mai 2020, après les révélations d'Edward Snowden qui lui ont fait dire que l'utilisateur des grands réseaux est devenu le produit, et après les manifestations auxquelles il a participé au Québec, où des milliers de gens lui ont dit se sentir seuls, parfois rejetés par leur famille. D'où ses choix : inscription sous pseudonyme, pays, département et ville demandés mais pas l'adresse, date de naissance retirée dès que des utilisateurs ont fait remarquer qu'elle permettait de les retrouver. Il dit s'inspirer des réseaux de résistance de la Seconde Guerre mondiale, où l'on ne se connaissait que par des surnoms, et des formations à la désobéissance civile non violente qu'il a suivies pendant son service civil comme objecteur de conscience. Une demande de pièce d'identité apparaissait à l'inscription : il explique que son développeur l'a affichée pour tout le monde par erreur, alors qu'elle ne vise que les futurs modérateurs. Il dit avoir mis deux cent mille euros dans le projet.
La conversation passe aux médias. Jean-Jacques Crèvecoeur conteste l'idée qu'il suffirait de donner la parole à tous : le micro-trottoir ne renvoie selon lui que le conditionnement déjà installé par les médias, et le vrai problème tient aux conflits d'intérêts de ceux que l'on invite. Il propose deux questions à se poser devant n'importe quelle information : qui parle et qui le finance, puis qui diffuse et à qui appartient ce média. Il cite les versements qu'aurait reçus Le Monde de la fondation Bill et Melinda Gates, la dotation annuelle de l'État à l'AFP, et les liens d'une infectiologue très présente sur les plateaux avec un laboratoire. Il met en avant France Soir, et les travaux de Nicole et Gérard Delépine, comme contre-exemple. Il ajoute une réserve qu'il rattache à ses études de physique puis de philosophie : une population conditionnée ne saurait pas encore trier l'information, et il faudrait d'abord lui rendre les outils de la pensée critique. Johann défend son projet : réunir plusieurs médias alternatifs au même endroit, proposer au lecteur plusieurs points de vue sur un même sujet, laisser les utilisateurs qualifier les contenus plutôt qu'une rédaction en chef, partager les revenus entre auteurs et diffuseurs, et financer l'ensemble par un abonnement unique, la publicité ne pesant selon lui que quinze à vingt pour cent des recettes. Il revient sur une première tentative arrêtée quelques années plus tôt après un article du Monde, journal qui aurait aussi, dit-il, menacé les régies publicitaires travaillant avec lui.
La fin de l'échange porte sur le déni. Johann compare les convictions aux fondations d'un immeuble, que le cerveau refuse de voir remises en cause d'un coup. Jean-Jacques Crèvecoeur y ajoute les travaux d'Elisabeth Kübler-Ross auprès des mourants : reconnaître que l'on a été trompé, et lâche, coûte trop cher, alors on écarte l'information. Il en tire une conclusion pratique, faire circuler les exemples d'actions qui ont fonctionné, et cite l'épisode GameStop, la réaction de la population islandaise après 2008, les restaurateurs italiens qui ont rouvert ensemble, et une initiative de mesure du taux d'oxygène des enfants à la sortie de l'école. Il termine en disant que le messager compte peu et que seul compte le message. Johann annonce l'émission suivante, avec Louis Fouché et le chercheur canadien Denis Rancourt.